10/ Le Lion
Tu me dis un lion sous l’abri perché d’un chasseur. Le lion est venu sous l’abri tu dis. Tu fermes les yeux, tu respires bouche fermée maintenant. Tu dois te concentrer. Tu dis abri, qu’il n’y avait pas d’abri avant le lion.
Tu es blonde. Je suis l'œil. Je me détache de ta main pour t’écouter. A chaque fois, il y a tes fesses de plus en plus petites tu dis, ou c’est la main qui croit. Qui quoi ? Qui croît ! Je te caresse. Qui crie. Crier, rugir, mugir, tu dis la mâchoire. Peut-être. Je dis la main. Tu dis la poigne et tu me mords dans le poignet.
J’ouvre la porte, je marche blanche dans le couloir noir. Je me sèche. Je vois l'œil de la chambre et j’hésite à rentrer. Si je sors je dois rentrer. C’est parce que tu gardes toujours les yeux ouverts. J’approche ma main du bois. Le lion c’est toi, le chasseur c’est toi. Le fusil s’il y en avait. Tu menaces parce que tu es debout ou allongée, parce que tes bras sont aussi solides que tes jambes. Je suis venue dans l’abri. Mes griffes au moment sont tombées, une pluie de timide sur le carrelage. Je suis nue, je suis main en l’air. Je suis le lion maladroit. Quand je me tiens, tiens debout, je tourne en rond. J’ai aimé mouiller ce carrelage, que tu me coupes les seins contre lui.
J’ouvre la porte. Tu n’es pas là. Tu es le chasseur, je sais, tu es sous le lit. Pourquoi un lit ? Je me retourne. Tu vas m’attraper sur le dessus des pieds jusqu’à me dévorer les cuisses, tu vas m’attraper par les chevilles pour que je te tire de là, va, en marchant, un pas puis l’autre. Je vais finir contre le mur que tu ne seras pas sortie. Il y aura mon buste contre le mur, il n’y aura que ton buste de sorti. Et tes fesses ? Je ferai plier tes bras. Tu seras sur le dos alors que je te croyais sur le ventre, aux aguets, je verrai la tâche noire qui va me couler le long de la colonne. Si je vois la tâche, ma bouche tombe. Si je vois la tâche, mes griffes repoussent. Je te lèche. Je me cambre.
Tu dis oiseau, la langue. Tu dis la langue sans salive.
J’ouvre un œil. Je vois trois carreaux, deux carreaux, un. Le triangle sur sa pointe. Tu mets tes doigts sous tes reins pour te surélever. Tu es le lion au perchoir. Pourquoi un lion. Le lion est stable sur ses pattes larges, le lion râle, il souffle comme un vieil homme sous moi.
Tu dis parce que tes yeux sont gros et lents, qu’ils se referment quand on les regarde.
Demain, le lion dormira chacun chez soi.
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(Tableau : Steve Johnson)